TOURISME ET HISTOIRE

Découvrons "quelques mots" d'histoire ainsi que notre Eglise et ses fresques
Cassanuelh hier
et aujourd'hui Casseneuil
Presqu'île naturelle, blottie dans un écrin verdoyant, elle doit son caractère de beauté aux trois rivières qui l'enserrent :
Le Lot, La Lède, La Sône
Le bourg, ancien village médiéval, a conservé son église et ses maisons à pans de bois et de torchis dont certaines en encorbellement sur la rivière. L'activité essentielle de la commune est basée
sur la culture et la transformation de la prune d'ente, d'où le nom de "patrie du pruneau".

Place Saint-Pierre et l'église Saint Pierre - Saint Paul.
Réaménagée au XIXème siècle par la démolition de la porte Saint Joseph
et l'arasement du cimetière qui entourait l'église, cette place alors ceinturée par trois couverts (les cornières ou ambans) fût de tout temps un centre de vie fort actif.

Son joyau monumental en est l'église dont les parties les plus anciennes remontent au XIIIème siècle.
Elle fut jusqu'au XVI ème siècle plusieurs fois remaniée.
Derrière son portail, de style gothique flamboyant et aux voussures décorées de feuilles de chêne et de pampres, Saint Pierre - Saint Paul, possède, entr' autre, un remarquable retable baroque du XVIIIème et de riches peintures murales.
A la simplicité picturale de XIIIème siècle, succèdent diverses représentations : Christ en majesté entouré du tétramorphe, remise des tables de la loi, anges louant le seigneur, personnages en costumes du règne de Louis XII.
Ils évoquent l'ancien Testament, l'antiquité, les philosophes et montrent du doigt des sentences moralisatrices.

Casseneuil est une vieille cité médiévale, dont l'origine remonte à l'époque gallo-romaine, qui lui a donné non nom : CASSINOGILUM, qui signifie "Clairière dans la forêt de chênes".

Elle a connu des fortunes diverses. Ruinée et en partie détruite par les Normands en 848, elle a été pillée et brûlée en 1214 par les Croisés du Nord. Durant les siècles derniers, elle a connu une certaine prospérité grâce à la rivière

Trois rivières (Le Lot, La Lède , La Sône ) confluent aux pieds d'une colline molassique aux pentes abruptes, le Pech Neyrat.

Pendant une très longue période de son histoire, la population de Casseneuil s'est abritée dans cette presqu'île, à l'intérieur des murs, protégée par les rivières et un fossé situé à la place de l'avenue actuelle du nouveau pont.

Centre historique, l'ancien Bourg castral, avec sa structure médiévale dense, ses rues étroites, ses maisons à colombage.

Les moulins de la Lède à Casseneuil : 540 moulins répertoriés, en Lot et Garonne, 53 sont seulement nommés et 177 ont une puissance inférieure à 2 C .V., 184 moulins de haute vallée ne marchent que par éclusée.

Les moulins de la Lède servaient à l'industrie du papier et du fer, puis ont dû se reconvertir en filature et pressoir à l'huile.

Certains ont disparu pour d'autres ils ne reste que quelques ruines.


Nombre d'habitants: 2400 Superficie : 1809 ha

Casseneuil à 10 km de
Villeneuve sur lot et 40 km d'Agen

La presqu'île de Casseneuil fut de tout temps occupée.
Dès le XIème siècle, son habitat se développe autour du château seigneurial.
Le premier bûcher de la croisade menée contre les hérétiques Albigeois (les cathares) fut dressé à Casseneuil (1209).

Comme la ville avait été détruite lors du second siège (1214), la reconstruction de la nouvelle cité s'étendit, hors le bourg castral ou castrum.
Pour prendre sa forme définitive elle s'inspira de l'urbanisme contemporain des bastides voisines.
Elle fut jusqu'au XIX ème siècle le domaine des tisserands, teinturiers et marins de rivière, modeste population mais active.

Au bord de la lède on retrouve un alignement de murailles qui trace avec netteté la limite du "rempart".
Avant la construction du barrage sur le lot, il dominait la rivière d'environ six mètres.
Au début du siècle, l'évolution économique ne permet plus aux tisserands et teinturiers de survivre.
Ils doivent cesser leur activité.
Leur quartier abandonné se détruit.

CASSENEUIL en AGENAIS
Au fil du temps, au fil des mots,
au fil de l'eau…

CASSENEUIL : Un Site ancien

Par les vallées de la Lède , du Lot et de la Sône , voies de pénétration naturelles riches en abris, nos "Ancêtres" arrivèrent dès la Préhistoire en notre site privilégié : cours d'eau, riches forêts, poissons, gibier, cueillette ...

La majorité venait de la haute vallée de La Lède - où du Paléolithique au Néolithique (- 900 000 ans à - 2 500 ans) l'existence de l'homme est continuellement attestée. Les autres suivirent les collines et terrasses en surplomb du Lot. Ils furent là aussi, de tout temps présents.

Mais c'est au Néolithique (- 5 000 ans à – 2500 ans), temps de la sédentarisation où l'homme devient agriculteur et se fixe dans une communauté de plus en plus structurée, que le verdoyant plateau du Pech Neyrat , ce "pech élevé" qui domine nos confluences, vit le premier établissement humain.

Le site formé par nos Trois Rivières : le Lot, la Lède et la Sône allait inéluctablement séduire " l'homme ". La presqu'île naturelle l'attira et on peut affirmer que, abandonnant la colline au temps des Gaulois, le premier village s'y nicha, s'y replia.

Notre petite Cité, fédérée au « peuple gaulois  » des Nitiobroges, allait naître et se trouver un patronyme " Clairière dans la forêt de chênes " autrement dit Cassinogilum - Casseneuil (1).

La guerre des Gaules vint. Au premier siècle, Excisum (l'actuel quartier d'Eysses à Villeneuve/Lot ) situé à quelques kilomètres, carrefour militaire essentiel, fut ville pôle et généra de nombreuses implantations sœurs. Les villas "romaines" se dorèrent au pied des pentes ensoleillées, à proximité des cours d'eau. La Fargue , les Prairies , Le Casse gardent dans leur chair de terre des traces de ces implantations : Rome avait conquis l'Aquitaine .

Après le déclin de l'Empire, la ville aux fortifications ébauchées par les Wisigoths (V° Siècle) s'implanta définitivement, douillettement blottie, entre Lot et Lède .

Mais trois siècles plus tard, le Pech Neyrat, longtemps délaissé se mit à revivre : Charlemagne visiteur Royal, y fonda, dit-on, sur le chemin des guerres Sarrasines, une villa royale, résidence d'été.

Il y laissa, à son départ en campagne contre les Maures, outre Pyrénées, son épouse enceinte, la reine Ermengarde. Louis le Débonnaire serait donc né chez nous en 778 et y aurait vécu surtout en son enfance comme Roi d'Aquitaine. Cette « vérité historique » est discutée.

Cependant il est indéniable que la colline escarpée, éperon défensif, fut utilisée durant cette période.

Autre fait marquant, le Lot voie navigable utilisée depuis l'Antiquité, fut hélas parfois remonté par des visiteurs moins pacifiques. En 848 , les Normands ( Vikings ) saccagèrent la riche Abbaye d'Eysses et détruisirent villes et villages riverains ou proches de la rivière.

.....Suivit jusqu'au XIII ° siècle une longue période mal connue quant aux événements locaux....mais qui vit l'implantation du Bourg castral .

LES CATHARES

A partir de 1209, la mémoire de notre petite ville allait être cruellement et indélébilement marquée.

AN 1209 : Le TEMPS DE L'HÉRÉSIE

Cette année-là, au mois de Juin, la croisade Quercynoise, avec à sa tête l'Evêque d'Agen, se dirigeait vers le Languedoc et Béziers. Elle allait rejoindre l'immense ost des Croisés de « France » qui lui, descendait le couloir du Rhône.

Elle répondait à l'appel du Pape INNOCENT III, qui avait demandé aux soldats du Christ d'aller combattre les hérétiques Albigeois que plus tard on appellerait Cathares .

Elle passa par notre ville.

Casseneuil gagnée à la religion nouvelle fut assiégée. Vaillamment défendue par Seguin de Balencs, elle ne fût pas prise. On conclut un accord, libérer la ville contre argent sonnant et trébuchant et sous condition que les hérétiques abjurent. La majorité d'entre eux resta fidèle à leur foi et le poète anonyme, auteur de la Canso (2) se plaint douloureusement :

" Maintes belles hérétiques.." furent jetées aux flammes.

Ce fut le premier bûcher de cette croisade. La liste des martyrs occitans ne faisait que commencer.

Ce fut le début d'un long conflit dans toute notre Occitanie. Les combats succédèrent aux combats ...Les massacres aux massacres ...Le pays ravagé subissait un jour.... se rebellait le lendemain...


AN 1214 : LE SECOND SIÈGE

Casseneuil est retombée dans ses "errements". Simon de Montfort, généralissime de l'armée Catholique s'est personnellement déplacé. Pierre des Vaux de Cernay, l'auteur de « l'Historia Albigensis », le chantre de l'Armée Chrétienne est là. La Cité le séduit :

...." Casseneuil était une ville de l'Agenais belle et très fortifiée; elle était bâtie dans une plaine agréable au pied d'une colline : des cours d'eau l'entouraient, dominés par des roches vives "....

Le siège malgré la ténacité de ses défenseurs se termina par la prise de la cité. Casseneuil était commandée par Hugues de Rovignan, frère d'Arnaud, évêque d'Agen qui lui participait à l'assaut côté catholique. Hugues «était bon chrétien mais comprenant que la guerre n'était plus religieuse mais politique et se terminerait par la conquête de l'Occitanie au profit du roi de France, il avait changé de camp ». Les croisés furieux d'avoir longtemps été tenus en échec se vengèrent cruellement. Tous les survivants furent passés au fil de l'épée.

Casseneuil, par le traité de Meaux-Paris (1229) allait être démantelée, brisée, mise sous surveillance. Mais nous y reviendrons.

LA GUERRE DE CENT ANS

Quelques cent ans plus tard, dans les années 1324 -1325 , l'affaire de Saint-Sardos, petit village voisin, allait dans un territoire en pleine expansion, celui des Bastides, transformer une querelle dynastique, en guerre.

Une guerre qui allait durer, jusqu'en 1453, soit plus de Cent Ans .

Comme dans toute la Guyenne, les féodaux locaux, oscillèrent au gré des événements et de leurs intérêts, du parti Anglais-Plantagenet au parti Français-Valois. Mais la misère, née de la guerre et de ses ravages, fut profonde : terres sans cultures, pestes (dont celle de 1348 et la Peste Noire ) s'en vinrent décimer le pays et sa population.

C'est pourtant paradoxalement, à la fin de cette guerre de Cent Ans (fin XV° début XVI°) que l'Eglise Saint-Pierre-Saint-Paul , fut dotée de ce joyau pictural que constituent les fresques des voûtes et les peintures murales. De style et d'inspiration différents elles vinrent s'ajouter à celles réalisées après la reconquête religieuse de la Croisade (fin XIII°) , sous la direction morale des Dominicains. Acte de foi après les malheurs récents ? dotation d'un Seigneur, mécène enrichi par la guerre ? Les deux sans doute. Toujours est-il que notre patrimoine s'enrichit d'une très remarquable oeuvre d'art.

LES GUERRES DE RELIGION

François de Montferrand, Seigneur de Casseneuil, ne sait pas en 1562, lorsqu'il prend part aux représailles sanglantes que les Catholiques exercent contre les Protestants, meurtriers de son oncle le Comte de Fumel, que cette guerre civile va, pour lui, durer jusqu'à ce qu'Henri de Navarre devienne sur le trône de France : Henri IV ( 1594 ).

Sa haine des Protestants poussa François à prendre le parti de la Ligue Catholique et il devint dans nos contrées, le chef de " l'Union " et gouverna Villeneuve / Lot, s'empara de Penne et Monflanquin ... qu'il ne rendit qu'au couronnement du Roi Gascon.

Lors de l'accession au pouvoir de " nosté Henric ", ce catholique invétéré, fin politique, diplomate rusé, fit sa soumission par une lettre fort habile qui lui valut de rester, au grand regret de ses habitants, Gouverneur de Villeneuve/Lot .

Pendant la Fronde , en 1651, notre Seigneur local, un Montferrand encore et toujours un François , fils du précédent, décidé à ne pas prendre parti et à ne pas combattre ses amis rebelles, se chargea de bien protéger sa ville, s'y enferma solidement et intrigua pour que les combats se déroulent en d'autres lieux que sur ses terres.

La famine fût pourtant présente. L'incident de 1652 le prouve. Cette année-là les femmes arrêtèrent les bateaux qui naviguaient sur le Lot . Les marchands de Clairac pillés à bord de leur gabarre (3), élevèrent une vigoureuse protestation, et allèrent en justice.

LA RÉVOLUTION

Dans cette chronologie événementielle, un des derniers épisodes connus, célèbre et révélateur se situe lors de la période révolutionnaire.

Au moment de la Grande Peur de 1789 , "les Six mille brigands " partis de Casseneuil où ils avaient tout ravagé, pour se rendre sur Agen et l'anéantir, ne furent que fantasme né d'une gigantesque fausse nouvelle et d'une hallucination collective. Par contre bien réelle fût en février 1790, véritable « Jacquerie », la marche sur Casseneuil des paysans…

Le 03 février de cette année-là, 1 200 paysans, tenanciers en colère, descendirent de Cancon et de ses environs pour assiéger la ville. Ils venaient affronter le Comte de Beaumont. Glorieux marin aux brillantes campagnes militaires, il était devenu, pour assurer sa fortune, propriétaire de la Baronnie de Casseneuil et de Cancon et jouissait de ses revenus. Se refusant à toute « abolition des privilèges ». Il ne comprenait pas le Duc de Richelieu, son voisin, propriétaire d'Aiguillon dont on connaît la prise de position dans la célèbre nuit du 4 Août 1789.

Mais avertis et bien abrités derrière leurs remparts, la Milice Communale ( qui ne savait trop à qui se rallier : seigneur ou paysans) et le Seigneur attendaient, prudemment derrière leurs murailles. Conforté par les renforts accourus des villes voisines, toutes portes fermées, Mr de Beaumont ouvrit les négociations. On résolut, non sans mal, le problème, au prix de concessions faites, à regret et avec mauvaise volonté, par le «ci-devant Beaumont».

Mais que l'émotion avait été chaude !

II - ECONOMIE ET URBANISME

Revenons au Siège de 1214

Sa conséquence en fut le démantèlement de la ville. Blanche de Castille, Régente toute puissante, a fait pression sur Raymond VII, le Comte de Toulouse. Ce dernier possède le Comté d'Agenais dont Casseneuil. Le 12 Avril 1229, au traité de Paris-Meaux, l'héritier de" la dynastie des Raymond " vaincu, cède et accepte notamment de faire : "détruire entièrement les murs de la ville de Toulouse..." et " j'en ferai de même de trente châteaux ou villes , savoir : (suit une longue énumération de villes et forteresses dans laquelle figure Casseneuil en Agenais")

Casseneuil, la belle ville n'était plus.

Mais pire encore, on allait la punir. Comme elle avait été fidèle au parti languedocien, qu'elle avait fait le mauvais choix, on l'entoura tout alentour, d'une ceinture de bastides :..... Villeneuve/Lot, Castelnaud-de-Gratecambe, Saint Pastour , Monclar, Sainte-Livrade-sur-Lot....

Cette mise sous surveillance, si elle irrita les responsables de l'époque, fut surtout une incitation, une motivation supplémentaire, provoqua un désir d'innover pour assurer survie et renouveau.

Notre Cité avait pour atout, les rivières, supports économiques essentiels, utilisées comme source d'énergie (les "chaussées" avec leurs moulins) et aussi comme axes privilégiés de circulation des marchandises et des produits.

Riverains du Lot, sur lequel on navigue déjà jusqu'à Bordeaux, les gens de Casseneuil savent la force majeure que représentent les cours d'eau. Comme leurs puissants féodaux, Seigneurs à la fois de Casseneuil et de nombreux fiefs et moulins situés en amont sur la Lède, ils ont toujours lutté, pour avoir la main- mise sur les rivières. Ils ont une certitude, leur ville ne pourra être que reconstruite et reprendra son essor.

Ils ne se trompaient pas.

Malgré ses vicissitudes la ville allait se relever. Déjà en 1306, la reprise était amorcée. L'activité portuaire, bien connue pour cette année là par les comptes de la coutume de Bordeaux, redevenait intense, les vins et eaux-de-vie y figurant pour l'essentiel.

De plus le Lot, en raison de la création de nombreux barrages (les payssières ), financés en partie par les princes Anglais, allait devenir dès 1311, navigable à partir de Cahors.

RECONSTRUCTION D'UNE VILLE

Casseneuil avant sa démolition, en 1214, était un bourg castral qui comprenait, comme habituellement, un fort et une ville.

Le fort quartier aristocratique du bourg castral était isolé par une enceinte fortifiée et un fossé dans lequel se regroupaient les tours et les logis seigneuriaux (Quartier St Pierre).

La ville adjacente était contenue dans une clôture ouvrant par des portes et constituée tantôt par un mur d'enceinte ( le mur de ville) tantôt par le front plus ou moins linéaire des maisons adossées à la clôture.

Dans cette organisation spatiale du bourg s'ajoutait un deuxième centre de commandement seigneurial, car nous sommes en pays de co-seigneuries. Il s'agissait du fort Saint-Martin qui dominait le confluent du Lot et de la Lède.

A l'époque de la croisade des Albigeois le bourg castral ou castrum était partagé entre les deux lignages des seigneurs défenseurs de la ville lors des sièges de 1209 et 1214, les Balencs et les Rovignan.

Nous disions que la ville allait renaître. Mais quelle ville ?

Une ville, à l'urbanisme inspiré du grand mouvement de l'époque, les Bastides.

Tout à Casseneuil : situation géographique, contexte historique et même acte juridique, s'y prête.

Hors les deux quartiers où se situent le châteaux seigneuriaux des bords de Lède et de Saint Martin, l'urbanisation de la presqu'île ressuscitée

  • quadrillage bien précis
  • présence d'une halle
  • présence de cornières
  • typologie des maisons et matériaux usités
  • voirie hiérarchisée

est bien celle des villes voisines nouvellement créées pour lui nuire, pour la réduire.

C'est dans ce cadre, qui restera inchangé, immuable, jusqu'à XIX ° siècle, quant au linéaire des rues, que Casseneuil va vivre de la batellerie. Nombreux sont dans la ville les maîtres de bateaux, matelots, charpentiers de marine. On trouve aussi de nombreux tonneliers, confrérie très importante, car farines, eaux de vie, vins, pruneaux, tous conditionnés en tonneaux, en barriques, en minots (pour les farines) constituent l'essentiel du fret. Les négociants aussi, investisseurs indispensables dont certains ont un Comptoir à Bordeaux et parfois des commis jusqu'en Hollande et dans l'Europe du Nord, sont fortement représentés.

Si le commerce était vivant, les habitants avaient mauvaise réputation. On se rappelait qu'en 1628 et 1631 lors de la peste qui sévit douloureusement en Agenais et en 1652 lors de la Fronde, les femmes de la ville s'étaient livrées, - famine oblige -, au pillage des Gabarres.

Mais en dépit de ces exactions, le trafic du port, malgré des difficultés diverses ne se ralentit pas. L'on sait notamment qu'en 1718 , Casseneuil "exporta" 6000 sacs de grains et 3 000 pièces d'eaux de vie.

Les Consuls qui se flattent de ces chiffres, ne les avancent que pour préciser que Casseneuil était le "Port de marchandises" des juridictions de Villeréal, Castillonnès, Causac, Montastruc, Saint Pastour, Castelnaud et autres. Ils signalent ce fait à Intendant de Guyenne à Bordeaux, car quémandent-ils, il faut améliorer les routes qui convergent vers Casseneuil, centre vital…

Et tout au long des Siècles, nos édiles, nos commerçants se battront pour améliorer ces voies de communication dont dépend la fortune des Casseneuillois et de leur arrière-pays.

Les pouvoirs publics, à l'échelon national, les entendront parfois. Colbert travaillera, contribuera à un réaménagement du Lot. Mais c'est la Monarchie de Juillet 1830 qui fera le plus gros effort.

Sous elle, on bâtit une Ecluse moderne, on reconstruit les quais, on crée en 1842 le Pont Suspendu.

En 1850 , en voyant l'incessante noria des Gabarres qui de Cahors à Bordeaux transite par Casseneuil, nos prédécesseurs se disent qu'ils ont investi pour des siècles.

LES XIX °et XX° SIÈCLES-

Le vingtième siècle les fera déchanter.

L'invention du Chemin de fer, la guerre de 1914-1918, ralentissent, condamnent la navigation. Mais si le LOT est déclassé en 1926, dans la mémoire collective, l'année fatidique est 1900.

Fin du XIX° siècle terrible pour les agriculteurs de la vallée du Lot, ceux-là même qui dans les années 1850, avaient à côté des vieilles maisons de ferme, basses et mal aménagées, construit ces superbes maisons de Maître :".... Carrées avec à l'étage un immense grenier -réserve dans lequel on circule aisément debout. Au rez-de-chaussée, un large et long couloir central, qui sert de salle à manger lors des repas en commun des vendanges, des battages ou de tout autre travail collectif où tous les voisins coopèrent, s'entre aident . "

Eux aussi croyaient investir pour l'éternité, dans une ère de prospérité.

Pourtant, le Phylloxéra détruisant le vignoble à la fin des années 1890, entama la décadence matérielle et la crise agricole. Heureusement la préparation et le commerce de la prune réussirent à amortir la chute financière des exploitations.

Aux environs de 1910, nouvelle catastrophe. La mortalité du prunier d'ente apparaît. Se crée alors une petite industrie orientée vers la fabrication des conserves de petits pois, de légumes : les petites cultures sortent du domaine de l'accessoire pour devenir principales ; on irrigue, on essaie d'être les premiers sur les marchés, de présenter des produits de qualité.

Naissent, artisanalement, les premières Conserveries, les fabriques de conditionnement et d'emballage du Pruneau d'Agen, ce à l'initiative de familles novatrices : les Lafon, Barbariche, Senchou. Ne pas oublier non plus, la filature de la famille Mandis, bel exemple de reconversion de moulins devenus "filateurs" ou à « foulons »…

La guerre de 1914-1918, entraîne le développement de petites fonderies (Lescazes) et l'arrivée de main d'œuvre masculine espagnole appelée à remplacer les hommes qui sont au front. Industries situées près du Lot, près de l'eau source d'énergie, et remplacées bientôt par les Tréfileries et Laminoirs du Havre qui veulent s'éloigner des zones à risques (de guerre) du Nord de la France.

La crue de 1927, dévastatrice, chassera les T.L.H. qui iront s'implanter sur le site de "Sauvaud" non inondable et dans un espace propice à une extension conséquente.

Les T.L.H. y demeureront jusqu'en 1964, avec plus de 100 emplois masculins et seront source de rapport et de dynamisme direct ou indirect pour la Commune.

Senchou Frères, fondée en 1891, née d'une initiative privée, se développera rapidement et l'après-guerre 1939-1945, en fera une des Conserveries (petit pois, haricot vert, tomate, céleri, plats cuisinés, Pruneau,... ) les plus importantes du Sud-Ouest et nationalement connue.

Il y eut jusqu'à 300 emplois salariés permanents à l'époque (1967) où Cerebos, avec des capitaux Anglais, décida de s'implanter en Europe et fit son acquisition.

Cerebos qui en 1979, changeant de politique commerciale, vendra à Vetillard-C.C.R.F. qui exploitera jusqu'en 1989. A cette date l'entreprise ira s'installer à Sainte Livrade sur Lot sur un site industriel sinistré : la COPLOT.

Mais faisons un léger retour en arrière, pour rappeler un événement lourd d'importance, tellement il influença le devenir de Casseneuil.

Dans les années immédiates de l'avant-guerre 1939-1945, le gouvernement français décida de créer dans la Vallée du Lot une poudrerie nationale . Elle ambitionnait d'être le pendant et l'égale de celle de Bergerac (Dordogne).

Le site choisi, obligatoirement à proximité d'une rivière bien approvisionnée en eau, fut celui de la plaine entre Sainte Livrade et Casseneuil. Dès 1936, on se lança allègrement dans les expropriations et les premiers travaux. Pour héberger les militaires qui viendraient assurer encadrement et protection, on décida de construire des Centres d'Hébergement à Cassseneuil, Bias, Villeneuve/Lot et Sainte Livrade sur Lot.

Dans notre Commune la construction de deux "Camps" fut entreprise à "Sauvaud" et à "La Glaudoune".

Mais la guerre de 1939-1945 arriva plus tôt que prévu, et jamais la Poudrerie, à peine ébauchée, ne se termina. Par contre, les camps de Casseneuil, reçurent divers occupants.

Si celui de La Glaudoune (le Bellerive actuel), se contenta d'héberger des militaires français (Aviateurs, fantassins de l'Infanterie Coloniale, ...) celui de "Sauvaud" dit aussi de "la Gare" eut un plus triste destin.

Divers réfugiés, y furent accueillis tour à tour.

Dès 1939, des Espanols, exilés qui fuyaient le franquisme, furent rassemblés dans les camps des Pyrénées-Orientales en Groupes de Travailleurs Etrangers. Certains d'entre eux transférés et cantonnés à Casseneuil en 1940, participèrent à des travaux dans des fermes ou des entreprises et à la construction des baraquements de La Glaudoune et du camp de la Gare. Fin 1941, ils partirent sur le front Atlantique. En Normandie, réquisitionnés par les Allemands ils édifièrent blokhauss et fortifications du mur de l'Atlantique.

Beaucoup d'entre eux la guerre terminée, revinrent se fixer en notre région où ils ont fait souche.

En Août et Septembre 1942 , autres "hôtes". Subrepticement, à l'insu de la population locale, des Juifs raflés dans notre département de Lot-et-Garonne où ils s'étaient réfugiés, furent rassemblés au " Camp de la Gare ". De là, après un long et affreux périple, on les transféra à Drancy, à destination des camps d'extermination Allemands.

Leur succédèrent en 1945 , des «Mongols», citoyens de l'U.R.S.S., qui avaient servi pendant les hostilités dans les rangs Allemands. Provisoirement internés, avant leur départ vers les Républiques Soviétiques, le mystère demeure sur leurs origines, sur leurs actes et sur leurs destins. Dans la mémoire collective, fortement marquée, car "ils se baignaient nus", dans le Lot, ils ne purent qu'être déportés en Sibérie ou dans des mines de sel (?). La réalité fut-elle différente ?

Ces deux camps, La Glaudoune et la Gare, (et rappelez-vous, que la décision de créer la Poudrerie, était un événement qui allait influencer le devenir de Casseneuil) allaient être dès 1959 , abandonnés par le Ministère de la Guerre. La récupération des terrains et bâtisses fut à l'origine d'une urbanisation accélérée et d'un développement industriel nouveau.

Au Camp de La Glaudoune, se construisit la Cité de Bellerive et ses logements sociaux. Ce fut localement la première expansion urbaine et démographique moderne.

Au Camp de la Gare, les établissements Senchou Frères utilisèrent comme dépôt ou comme logements du personnel, les baraquements subsistants. Peu après, en 1963, allait se créer à l'initiative de Pruniculteurs locaux une Société d'Intérêt Collectif Agricole,  « Sicapra Moyen Lot »

Elle est à l'origine en 1970, de l'entreprise France Prune- Maître Prunille, qui en commercialisant environ 30 000 tonnes du Pruneau d'Agen fait de Casseneuil, la capitale française du Pruneau d'Agen. Cette entreprise avec environ 450 employés permanents sur le site de Casseneuil est l'élément économique premier de notre Commune, surtout depuis le départ de C.C.R.F. (successeur de Senchou Frères) et la régression des Constructions Métalliques Dantin (successeur en 1964 des T.L.H.) maintenant filiale du Groupe Fayat.

Casseneuil, à l'industrie agroalimentaire en difficulté, avec une activité Prune assujettie au bon vouloir du cours du dollar, dans une Vallée du Lot en proie à des problèmes économiques conséquents, connaît bien sûr quelques difficultés. Mais la revitalisation du vieux bourg, avec son site rénové du bord de Lède (ancien quartier des mariniers, des tisserands et des teinturiers) va stopper un phénomène de paupérisation. La restauration de ce bâti ancien, difficile de par la nature des matériaux et le contexte historique, est une réussite. L'entreprise ne fait que commencer et le vieux bourg évolue, se transforme, change d'image, se revalorise.

La presqu'île chargée d'histoire est aussi porteuse d'avenir.

La visiter n'est pas une prérogative réservée aux seuls occupants du village de vacances des Trois Rivières ou aux nouveaux navigants du Lot. Découvrir en bord de Lède, le site rénové, l'ancien presbytère, l'ancien château seigneurial présent depuis la Croisade, les maisons à pans de bois dont les loggias surplombent la rivière, les moulins, la cascade de la filature, est un vrai régal. L'ascension du Pech Neyrat, vrai plaisir, par un sentier parfaitement aménagé avec des paliers de stationnement et de repos, permet la découverte d'une vue panoramique sur la presqu'île et la vallée du Lot.

De par son contexte particulier de presqu'île, la qualité de ses rives et de ses paysages, l'affabilité de ses habitants, son potentiel économique, Casseneuil va une fois encore renaître et redevenir un site majeur de la vallée du Lot.

Notes  :

•  de CASSANO : chêne et IALO : Clairière

•  La Canso : Chanson de la Croisade Albigeoise

•  Gabarre : nom générique des bateaux d'environ 50 tonneaux qui circulaient sur le Lot

Jacky Dubreuil
Mars 2005 

Pour tout renseignement : 

Association Cassanuelh Hier et Aujourd'hui

Chez Dubreuil Jacky,  « Le Landié »  47 440 Casseneuil
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E-mail : jacky.dubreuil@wanadoo.fr